La pièce que vous allez avoir la chance d’entendre le 5 septembre est probablement, de toutes celles d’André Obey, la plus proche des interrogations de notre temps.
Paradoxalement, c’est parce qu’elle emprunte beaucoup à la tragédie grecque qu’elle nous est le plus proche. Malgré les immenses progrès matériels que notre civilisation a fait, l’espoir presque infini apporté par la science – les sciences ! – se brise sur notre littérature – et, hélas, en priorité, notre théâtre contemporain - qui n’est plus que le reflet d’un monde cassé nous renvoyant à notre désenchantement. Plus que jamais, les dieux se rient de nous.
Le destin de cette Iphigénie moderne qu’Obey nous fait vivre et qui, contrairement à celle d’Euripide, est réellement sacrifiée1 , c’est que sa mort est le révélateur de l’intégrité de son âme – ce que revendiquons dans le secret de notre être. Elle nous montre l’absurdité du monde dans lequel elle vit. Ses paroles ont la sincérité de tout être au bord de la mort. Elles posent ainsi la question de l’aveuglement de l’homme qui se soumet à la raison d’Etat en invoquant un destin plus grand que lui – en l’occurrence un Olympe désert, hors des seules ambitions d’Agamemnon.
“Ah ! Ces mots que j’entends, dit Iphigénie, depuis que j’ai des oreilles, et qui n’ont plus de sens, de couleur ni de forme ! Tous ces grands mots pourris… (« colère du ciel », « vengeance des Grecs », « puissance de Troie », « vent propice » - qu’Agamemnon professe pour justifier l’inéluctable sacrifice de sa propre fille pour que le vent se lève et emporte ses troupes vers l’anéantissement de Troie et la mort de dizaines de milliers d’hommes.)
Iphigénie n’est pas dupe. Tout comme Antigone, elle comprend tout ce qu’il faut de lâcheté et de mensonges pour réussir sa vie. Et, tout comme Antigone, elle pose la question suprême : Ne dois-je pas […] plaire à ceux d’en bas (le monde d’Hadès) plus qu’à ceux d’ici, puisque aussi bien c’est là-bas qu’à jamais je reposerai ?2
La forme antique utilisée par Obey, favorise notre distanciation au monde dans lequel nous vivons pour mieux nous y ramener. Confiant au début qu’il ne s’agit que d’un mythe, nous nous retrouvons à la fin de la pièce, confrontés à notre propre désarroi. L’effet cathartique recherché par les premiers tragédiens grecs est pleinement réussi. Il nous renvoie à notre quête mystique dans ce monde où, nous voyons bien, au jour le jour, les lumières de notre civilisation reculer vers un passé qui, pour prestigieux qu’il fut, n’est plus que l’effet de notre nostalgie.
Ainsi, Iphigénie a-t-elle été réellement sacrifiée pour que le vent se lève et nous sauve, ou ne l’a-t-elle été que pour du vent ? Pour rien ?…
C’est Ulysse qui répond à cette question juste avant que le rideau ne tombe.
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Avis, Lectures
Et voilà la rentrée, et son lot de surprises. Parmi les bonnes: la reprise des lectures des Chêneaux, et ce, comme promis, dès la première semaine de septembre. Rendez-vous est donc pris pour le mercredi 5 septembre à 15h00 au Pranzo, 35, boulevard Bonne Nouvelle, Paris II.
Nous y lirons et entendrons une pièce d’André Obey: Une fille pour du vent. Réécriture moderne du mythe d’Iphigénie, cette pièce écrite par un ancien administrateur de la Comédie Française, est tout simplement quotidienne et sublime à la fois – un tour de force.
Nos premiers lecteurs de la saisons seront Mesdemoiselles Agnès Afriat, Camille Glémet, Jessica Melkon ainsi que Messieurs Guillaume Dumoulin, Guillaume Rumiel, Damien Monney, Christoph Cayre et moi-même.
Monsieur François Engel se chargera, lui, de la présentation de la pièce et de l’auteur.
Je ne vous en dis pas plus ; nous nous retrouverons tous mercredi prochain!
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Lectures
Jean-Laurent Cochet, depuis hier soir, investit le plateau de la Pépinière Opéra pour nous offrir Aux deux colombes, de Sacha Guitry. Créée aux Variétés en 1948, et filmée en 1949 par les soins mêmes de Guitry, la pièce n’a pas été remontée depuis, et pour cause : elle ne fut presque pas éditée !
Enfin de retour sur scène à Paris, Jean-Laurent Cochet joue son auteur de prédilection pour notre plus grand plaisir. Evidemment, il n’est pas seul en scène, entouré qu’il est de quatre femmes, toutes plus remarquables les unes que les autres : Virginie Pradal, Paule Noëlle, Catherine Griffoni et Anne-Marie Mailfer.
Voici l’histoire : un éminent avocat parisien s’est remarié avec la soeur de sa femme qu’il croit morte depuis vingt-deux ans dans un incendie. Mais la prétendue défunte réapparaît et les deux femmes mettent l’avocat en demeure de choisir celle qu’il veut garder. Un héritage important et une Princesse russe viennent compliquer ce triangle inédit (le mari et ses deux femmes légitimes et non plus le mari, l’épouse et la maîtresse) que Sacha Guitry se délecte à faire vivre …
Tout commence alors que la lumière est encore allumée dans la salle, avec une très légère musique qui peu à peu réclame le silence et nous prépare à une heure quarante de bonheur. Toujours au service de l’auteur, les comédiens nous font entendre Guitry, sa poésie et son désenchantement. Harmonie semble être le maître mot de ce spectacle, où tout semble couler de source.
Rires, mais surtout sourires envahissent le public, qui n’en peu plus d’aise… Jean-Laurent Cochet dit : “Je fais un théâtre d’homme heureux”. Et c’est la vérité ! On sort de là grisé, peu soucieux de la pluie qui nous attend à la sortie.
Pour retrouver un peu de soleil, c’est du mardi au samedi, à la Pépinière Opéra à 21h00 (et à 18h00 en matinée le samedi), 7, rue Louis le Grand, Paris II. Je vous rappelle que les moins de 26 ans peuvent bénéficier d’un tarif à 10 euros seulement.
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Theatre
Madame Simone, dont l’autobiographie en quatre tomes est magnifique, nous livre dans Sous de nouveaux soleils sa conception de la mise en scène:
“Mise en place et non mise en scène, puisqu’un sens nouveau et déplorable affecte cette dernière expression depuis qu’elle éveille dans l’esprit du public la perspective d’une suite d’inventions décoratives, d’ingénieux dispositifs, de surprenants costumes, et non point le patient effort d’un chef d’orchestre invisible, dont la science corrige, inspire chaque interprète en vue d’une représentation parfaite.”
Voilà pour l’apéritif. Pour le plat principal, je laisse la parole au premier des membres du Quartel, Jacques Copeau:
“Par mise en scène nous entendons: le dessin d’une action dramatique. C’est l’ensemble des mouvements, des gestes, des attitudes, l’accord des physionomies, des voix et des silences, c’est la totalité du spectacle scénique, émanant d’une pensée unique qui le conçoit, le règle et l’harmonise. Le metteur en scène invente et fait régner entre les personnages ce lien secret et visible, cette sensibilité réciproque, cette mystérieuse correspondance des rapports, faute de quoi le drame, même interprété par d’excellents acteurs, perd la meilleur part de son expression.
A cette mise en scène-là, qui concerne l’interprétation, nous ne saurions apporter trop d’étude. A l’autre, qui a trait aux décors et aux accessoires, nous ne voulons pas accorder d’importance.”
in Un essai de rénovation dramatique
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Citations
Dans sa pièce Deburau, Sacha Guitry nous offre une leçon de mime magistrale, qui, bien évidemment, peut s’appliquer aux comédiens! Jean-Gaspard Deburau donne ses derniers conseils à son fils, qui va le remplacer sur scène dans quelques instants. Voici ce qui pourrait être, en vers libres, un petit bréviaire de l’artiste-interprète:
“Oui, tu vois, il a peur!
Déjà c’est un artiste. Il a compris — c’est bon… Ca, c’est très bon. Mais tout de même : attention!
Comprends-moi bien — ce n’est qu’une précaution.
Sois agité, nerveux, et sois-le follement,
Mais dans ta loge seulement.
Là, tu ne risques rien — c’est pour te soulager.
Ca, c’est pour toi.
Mais n’oublie
Surtout pas
Qu’il faut cesser de l’être en face du danger!
Que le public ne voie
Jamais
Ta mémoire indécise,
Le souci d’être bon, la peur d’être mauvais,
Tes espoirs les plus grands, tes craintes les plus folles…
Et quand on a frappé, quand le rideau s’envole
Qu’il emporte avec lui tout cela dans les frises!
En scène sois léger, sois simple, sois charmant…
Surtout ne sois jamais vulgaire!
Ne sois pas trop intelligent,
C’est inutile.
Ne fais que des choses faciles
Et n’accepte jamais de rôle secondaire!
Le public n’est pas exigeant…
Il faut très peu de chose en somme pour lui plaire.
Il faut, tu vas voir, c’est un rien
Il faut que sans effort il te comprenne bien.
Fais-toi comprendre et ça suffit.
Pense tout simplement, la chose est bien facile.
Ce n’est ni malin ni subtil.
Quand tu veux exprimer qu’une femme est jolie,
Pense qu’elle est jolie et fais n’importe quoi.
Quand tu veux exprimer l’amour ou la folie,
La danse, la chanson, le plaisir ou l’effroi,
Pense tout simplement, tu me comprends bien: pense.
Pense à l’effroi, pense au plaisir, à la chanson,
Pense à l’amour, à la folie ou à la danse
Et gesticule à ta façon.
Surtout ne singe pas les gestes que je fais.
Souviens-toi que les professeurs sont tous mauvais
Et, quand on est doué, qu’ils sont des criminels,
Car ils n’enseigneront jamais
Hélas! que leurs défauts.
Tous les gestes sont bons quand ils sont naturels —
Ceux qu’on apprend sont toujours faux.
Ne joue
Jamais de dos
Et chaque fois sois mieux —
Il le faut!
Et maintenant un dernier mot:
Adore ton métier, c’est le plus beau du monde!
Le plaisir qu’il te donne est déjà précieux,
Mais sa nécessité réelle est plus profonde:
Il apporte l’oubli des chagrins et des maux.
Le rire au galop qui traverse la salle
Emporte tout,
Les chagrins, les soucis
Et les peines.
Et comprends bien ceci,
Comprends que c’est pour ça qu’ils viennent.”
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Citations
Grâce au travail effectué par Webstellung, qui travaille à notre communication, j’ai l’immense plaisir de vous annoncer que Les Chêneaux possèdent dorénavant un site Internet en bonne et due forme, toujours à la même adresse, que vous connaissez maintenant par coeur : http://cheneaux.com.
La barre de navigation, maintenant active, vous permettra d’en découvrir un peu plus sur nous. Vous pourrez bien évidemment toujours vous tenir au courant de notre actualité, savoir qui sont Les Chêneaux, mais également ce qu’ils font !
Ainsi, Les Chêneaux affichent clairement leurs points de vue, la direction qu’ils veulent la leur, et les actions qu’ils engagent pour mettre en pratique leur idéal dramatique !
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Voici, en totale exclusivité, et après avoir reçu vos quelques propositions, une liste des pièces que nous lirons à partir de la rentrée. Aucun ordre n’est déterminé encore, je vous tiendrai au courant très vite.
Ce qui nous fait donc : un grand classique parmi les grands, deux petits actes classiques également mais d’un autre style, trois pièces contemporaines très différentes les unes des autres et deux petits bijoux du théâtre du milieu du siècle, un grand mythe revisité par un ancien administrateur et un autre par une ancienne grande sociétaire du Français.
Ces neuf lectures, au rythme habituel d’une toutes les deux semaines, nous mèneront à la fin décembre. D’autres surprises nous attendent en ce début de saison, mais… chaque chose en son temps…
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Lectures
Pour commencer cette petite série de citations à propos de l’art du comédien, quoi de plus approprié que le fameux extrait d’Hamlet, toujours d’actualité – est-il besoin de le dire ? –, ici dans une traduction de Pierre Letourneur parue entre 1776 et 1783, et citée par Talma dans ses Reflexions sur Lekain et sur l’art théâtral.
“Rendez ce discours comme je l’ai prononcé devant vous, d’un ton facile et naturel ; mais si vous grossissez votre voix et vociférez comme font la plupart de nos acteurs, j’aimerais autant avoir mis mes vers dans la bouche d’un crieur de ville. Oh ! rien ne me blesse l’âme comme d’entendre un homme grossièrement robuste exprimer une passion par des éclats et des cris à fendre les oreilles d’une multitude qui n’aime que le bruit. Je voudrais vous faire fustiger cet Hérode de théâtre, qui enchérit sur Hérode même, et veut être plus furieux que lui. Ne soyez pas non plus trop froid ; mais que votre intelligence vous serve de guide : proportionnez l’action au mot et le mot à l’action, avec cette attention de ne pas sortir de la décence de la nature ; car tout ce qui s’écarte de cette règle s’écarte du but de la représentation dramatique, qui est d’offrir en quelque sorte un miroir à la nature, demontrer à la vertu ses véritables traits, au ridicule sa ressemblante image, et à chaque siècle, à chaque époque du temps sa forme et son empreinte. Si cette peinture est exagérée ou affaiblie, elle amusera les ignorants ; mais elle fera souffrir les hommes judicieux, dont l’opinion doit toujours à votre égard l’emporter sur l’opinion de la foule. Oh ! il y a des acteurs que j’ai vus jouer, et que j’ai entendu vanter par des louanges outrées, qui, pour ne pas dire plus, n’avaient ni la démarche d’un chrétien, ni d’un païen, ni d’un homme, et qui s’enflaient et hurlaient d’une si horrible manière, qu’on les eût pris pour quelques simulacres humains, grossièrement ébauchés par quelque apprenti subalterne de la nature, tant ils imitaient l’homme abominablement.”
Ah ! si seulement tous essayaient, au moins, de suivre ces préceptes !…
Si vous souhaitez nous faire partager quelques lignes qui vous ont particulièrement plu, n’hésitez pas à me les communiquer par e-mail, je serais ravi de les diffuser sur le blog des Chêneaux.
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Citations
En cette période estivale, il ne vous manquait qu’une chose, je le sais : un petit mot des Chêneaux. Et si vous n’en avez pas eu pendant ce long mois de Juillet, c’est que j’étais affairé, et je viens vous rendre compte de mes activités.
Je suis en effet assistant metteur en scène sur un gros projet : Virulla, une comédie musicale jouée uniquement par des adolescents (de 13 à 18 ans) et mise en scène par Danuta Zarazik. Et nous étions en plein dans les répétitions, afin que le spectacle soit prêt pour le 17 septembre, date de la première, qui aura lieu au Théâtre du Gymnase.
Et c’est un sacré boulot ! Passionnant et épuisant. “Assistant mise en scène”, de quoi s’agit-il, au juste ? Et bien, au juste c’est très difficile à déterminer. En gros, en revanche, voici ce dont il s’agit : évidemment assister le metteur en scène pendant les répétitions et les diriger lorsque celui est occupé ailleurs, prendre avec lui les décisions concernant costumes, décors, etc…, constamment vérifier qu’il n’y a pas de problème où que ce soit, être à l’écoute des doléances de tous les membres de l’équipe, faire la police en rappelant à l’ordre les retardataires et les turbulents, organiser la répartition des temps de travail, appeler les pompiers en cas d’accident… De multiples tâches donc, certaines plus intéressantes que d’autres mais toutes dirigées vers le Spectacle final.
Travailler avec des jeunes est bien difficile également, mais source de nombreux plaisirs. Tout le travail consiste à leur faire oublier leurs copains, ricanant autour d’eux. Tant qu’ils se considèrent entre eux, c’est un travail d’acharnement éreintant. Mais au moment où l’un d’entre eux “plonge” et se livre à nous, alors… c’est magique ! et l’on pourrait mettre le meilleur comédien confirmé à leur côté qu’on ne le verrait pas même.
Voilà, voilà… Nous pourrons aller soutenir ces jeunes acteurs / chanteurs / danseurs à la rentrée, juste en face du Pranzo ! Année Leed a écrit le livret de Virulla, Jean-Louis Giudice la musique, Laurence Escortell et Charly Moandal en ont reglé les chorégraphies, le tout s’insérant dans une mise en scène de Danuta Zarazik.
En attendant, vous recevrez de moi quelques nouvelles encore, et quelques citations à propos de notre métier d’art. Restez connectés !
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Amis
Animés depuis Janvier 2007 par Guillaume Bienvenu, Les Chêneaux sont une association loi 1901 à visée théâtrale, organisant des lectures publiques, des ateliers et des enregistrements radiophoniques. Elle s'intéresse tout particulièrement aux textes modernes, qu'ils figurent en première ligne des répertoires traditionnels ou qu'ils aient été négligés par leurs contemporains.
Auriez-vous la moindre question sur notre association ou ses activités, n'hésitez pas à nous . C'est toujours avec plaisir que nous vous répondrons.
Vous pouvez consulter les archives des Chêneaux depuis le mois de Février 2007. Souhaiteriez-vous que nous parlions d'un événement qui vous est cher sur le journal de l'association, n'hésitez pas à nous .